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    Romanistik

    Prof. em. Dr. Ernstpeter Ruhe

    Une œuvre mobile

    Aimé Césaire dans les pays germanophones (1950-2015)

    Würzburg, Königshausen & Neumann, 2015

    Die Rezeption des Werks von Aimé Césaire in den deutschsprachigen Ländern zählt zu den umfangreichsten und komplexesten weltweit. Sie hat von den frühen Anfängen in den Nachkriegsjahren bis in die Jetztzeit das Schaffen des Dichters, Theaterautors und Essayisten in seiner ganzen Breite entfaltet. Viele bislang unbekannt gebliebene Dokumente legen von dieser Wirkung Zeugnis ab. Sie betreffen Aspekte der Genese des Werks und die Selbstkommentare des Autors, die in der engen Zusammenarbeit mit dem Übersetzer Janheinz Jahn ihren Ursprung haben, und enthüllen Facetten der Theaterstücke, von denen die beiden ersten ihre Karriere in den deutschsprachigen Ländern begonnen haben.

    Vorarbeiten zu der Monographie

    Caliban als Dialektiker, in: Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte 2 (1978), pp. 430-45.

    Mokutu et le coq divinatoire, in: J. Leiner (ed.), Soleil éclaté. Mélanges offerts à Aimé Césaire à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire par une équipe internationale d'artistes et de chercheurs (Tübingen: Narr, 1984), pp. 355-373.

    Aimé Césaires Bearbeitungen von Une saison au Congo, in: A. San Miguel - R. Schwaderer - M. Tietz (edd.), Romanische Literaturbeziehungen im 19. und 20. Jahrhundert. Festschrift für Franz Rauhut zum 85. Geburtstag (Tübingen: Narr, 1985), pp. 255-266.

    Aimé Césaire et Janheinz Jahn. Un dialogue important pour le théâtre césairien, in: Aimé Césaire ou l'athanor d'un alchimiste. Actes du premier colloque international sur l'oeuvre littéraire d'Aimé Césaire (Paris: Editions Caribéennes, 1987), pp. 201-221.

    Aimé Césaire et Janheinz Jahn. Les débuts du théâtre césairien. La nouvelle version de "Et les chiens se taisaient". Würzburg, Königshausen & Neumann, 1990, 168 p.

    L'Anticlaudelianus d'Aimé Césaire: Intertextualité dans Et les chiens se taisaient, in: Oeuvres et Critiques 19, 2 (1994), pp. 231-241 (Sonderheft J. Leiner - R. Toumson [edd.]: Hommage à Aimé Césaire. Actes du Colloque de Fort de France).

    "La littérature, mon poumon essentiel". Le souffle créateur d'Aimé Césaire, in: C. Lapoussinière - J.-G. Chali (edd.), Aimé Césaire: Une pensée pour le XXIème siècle. Actes du colloque en célébration du 90e anniversaire d'Aimé Césaire (Fort-de-France: Centre Césairien d'Etudes et de Recherches, 2003), pp. 405-417.

    "Une révolution copernicienne": texte et pré-texte de la "Lettre à Maurice Thorez", in: Centre Césairien d'Etudes et de Recherches (ed.), Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez, La rupture. Actes du Colloque international réuni les 24 et 25 octobre 2007 pour marquer les cinquante ans du texte fondateur d'Aimé Césaire, Paris, Editions Alexandrines, 2010, pp. 191-202.

    La caverne aux trésors césairiens, in: Conseil Général de la Martinique (ed.). Aimé Césaire, 100 regards, 5 continents, Fort-de-France, 2013, pp. 226-227.

    Au commencement était le surréalisme. Les débuts de la réception d'Aimé Césaire dans les pays germanophones, in: Zeitschrift für Romanistische Literaturgeschichte 39, 1/2 (2015), pp. 181-199.

    "La parole du poète nègre est une parole humaine revitalisée". Aimé Césaire académicien, in: Christian Lapoussinière (ed.). 1913-2013 Centenaire Aimé Césaire: Oeuvre et héritage, Fort-de-France, 2015 (im Druck).

    Table des matières

    Préface9
    I. Au commencement était le surréalisme
    Le surréalisme pour « l’édification des vaincus »
    « Le vrai innovateur » Aimé Césaire
    L’embarras du choix
    Traduire Césaire – premier essai : Boris von Borresholm
    Deuxième essai : Paul Celan et la « Wahr nehmung » du poème
    Troisième essai : Renate et Rainer Maria Gerhardt
    11
    12
    16
    21
    25
    27
    32
    II. Janheinz Jahn – « l’introducteur de la poésie noire »
    Au-delà de l’Orphée noir de Sartre
    Schwarzer Orpheus
    (1954)
    Senghor et Sartre, lecteur de Senghor
    Jahn lecteur de Senghor et de Sartre
    Le surréalisme de Césaire, selon Jahn
    Le surréalisme de Césaire, selon Césaire
    35
    39
    51
    55
    58
    61
    64
    Sonnendolche – Poignards du soleil (1956)
    Les coupures dans Soleil cou coupé
    Les stylos de Césaire
    Le stylo noir pour préparer Sonnendolche
    71
    78
    82
    83
    Le stylo bleu pour préparer An Afrika (1968)
    « Nein ! » ou « Nein ! »
    La double réécriture
    Soleil cou coupé
    revisited
    « C’est africain »
    Césaire interprète de Césaire
    Le rire de Césaire
    Tout ça pour ça ?
    85
    89
    91
    98
    106
    109
    115
    116
    Zurück ins Land der Geburt (1962)
    Césaire traducteur de Césaire
    La coopération entre traducteurs
    L’écho des médias
    121
    127
    130
    134
    III. Janheinz Jahn – l’initiateur du théâtre césairien
    Und die Hunde schwiegen
    (1956)
    Les idées de Jahn pour l’adaptation
    « Notre œuvre »
    « ‘Notre’ version théâtrale »
    La version de Césaire de 1956
    La version de Jahn de 1956
    La pièce radiophonique de 1956
    La nouvelle version allemande au théâtre
    La première mondiale (Bâle 1960)
    « Orff noir » - la pièce radiophonique de 1961
    La première allemande (Hanovre 1963)
    Les leçons tirées des mises en scène d’après Jahn
    L’édition française de la nouvelle version – une énigme
    137
    137
    140
    142
    146
    148
    149
    152
    155
    156
    159
    161
    168
    169
    Die Tragödie von König Christoph (1964) : la traduction de Jahn
    Salzbourg 1964 – La tragédie du roi Christophe
    La préhistoire de la mise en scène
    Une pièce française pour un public germanophone
    Au son de l’assotor
    « Du plus pur théâtre mondial moderne » : le dossier de presse
    La tournée européenne de La tragédie du roi Christophe
    Le retour à Paris ou la bataille de Christophe
    173
    180
    181
    183
    185
    189
    200
    204
    IV. La consécration – Césaire académicien
    La poésie noire à l’Académie de Bavière (1960)
    L’élection de Césaire et de Senghor
    Le monde et nous
    Auteur et autorités
    La poésie, cette arme miraculeuse
    209
    210
    212
    214
    217
    221
    V. 1968 et après – l’actualité du théâtre césairien
    Im Kongo
    – la traduction de Monika Kind (1966)
    Césaire en RDA – Saison im Kongo de Heiner Müller
    Hambourg 1968, ou le théâtre dans le théâtre
    Une mise en scène sous l’influence de Serreau
    La pièce radiophonique (Im Kongo, 1968)
    225
    226
    228
    233
    235
    238
    Ein Sturm (1970) et « une friction continentale » (Bochum 2004)
    Im Kongo
    – de la performance à la transformance (Vienne 2014/2015)
    241
    249
    VI. La poésie de Césaire réunifiée – un nouveau départ
    Le traducteur Klaus Laabs
    Performances poétiques : Tomma Galonska (2012/2013)
    253
    254
    259
    Index des noms propres
    Index des textes d’Aimé Césaire
    Bibliographie
    263
    269
    271
    Annexes : La tragédie du roi Christophe à Salzbourg
    Le programme de Salzbourg : « Aimé Césaire zu seinem Stück »
    « Sur ‘La Tragédie du Roi Christophe’ » : la version originale du texte
    Le commentaire allemand ajouté au programme
    Le commentaire du film dit par la voix off
    281
    282
    283
    285
    291

    Préface

    la poésie est un naufrage insensé, plein de silencieux messages,
    grâce auxquels le poète reprend possession de lui-même et s’installe parmi les choses.                      (Aimé Césaire)1

    Les grandes cérémonies n’ont pas manqué en France depuis la mort du poète Aimé Césaire le 17 avril 2008. Une plaque a été posée au Panthéon en avril 2011 lors d’un hommage national, et en 2013, dans le contexte de la célébration internationale du centenaire de l’auteur, le président François Hollande est descendu dans la crypte pour déposer des fleurs devant la plaque et a envoyé le Premier ministre dans l’île pour confirmer « au nom de la nation tout entière, combien la forte personnalité d’Aimé Césaire le poète, l’homme politique trouve sa place dans notre panthéon. »

    Ce sont les lecteurs de poésie, les amateurs au sens fort du terme qui garantissent la vie d’une oeuvre. Leurs cérémonies sont plus modestes, mais expriment un attachement d’autant plus profond et durable. Il y en a eu une dont presque personne n’a parlé et qui nous semble significative. Elle a eu lieu le 17 avril 2014, à Baden-Baden, où un groupe d’Allemands, membres de l’association des Amis de la Martinique et des Caraïbes de la ville, s’est réuni, en souvenir du jour de la mort du poète, pour planter un arbre et pour lire une strophe du Cahier d’un retour au pays natal.2 Une forme d’hommage qui aurait fait grand plaisir à l’auteur dont la poésie est si fortement imprégnée de son amour pour la flore et la faune de son île, et une promesse d’avenir de la part de lecteurs fidèles vivant sur la rive droite du Rhin.

    De si loin si près – la lecture de l’oeuvre césairienne a commencé très tôt dans les pays germanophones, et elle est restée d’une vitalité que rien n’est venu affaiblir au fil des ans depuis 1950. Dans les pages qui suivent nous essayerons de reconstruire l’histoire de cette réception dont l’envergure reflète celle de l’oeuvre d’Aimé Césaire, poète, dramaturge, essayiste et orateur.

    Beaucoup de matériaux et de documents inconnus étaient à découvrir. Ils concernent la genèse de l’œuvre qui a toujours été accompagnée chez Césaire du phénomène de la mouvance, de la facilité avec laquelle il intervenait dans ses textes et en proposait d’autres versions. Ils concernent l’auteur dans le rôle d’auto-commentateur de ses poèmes dans les discussions et échanges avec son traducteur. Ils dévoilent enfin les facettes non encore explorées de l’œuvre que mettent à jour les mises en scène de ses pièces dont les deux premières ont commencé leur carrière en terre germanophone.

    Qu’il ait été possible de suivre le riche cheminement de cette réception avec tant de précision tient au soin avec lequel Janheinz Jahn (1918-1973), le grand initiateur et ami de l’auteur, avait organisé ses archives privées3 et avec lequel d’autres institutions allemandes ont également conservé un grand nombre de documents, y compris des lettres, des bandes sonores et des films, que nous avons pu analyser.4

    Cela tient aussi, et quelquefois pour beaucoup, à la générosité avec laquelle des personnes impliquées dans la transmission de l’oeuvre en tant que metteur en scène, artiste ou traducteur, ont bien voulu accepter de nous informer sur leurs activités. Nous pensons en particulier à Ottokar Runze, Silvia Stutzmann, Tomma Galonska et Klaus Laabs. Qu’ils soient toutes et tous vivement remerciés de leur aide précieuse.

    Würzburg, mai 2015


    1Note de Césaire pour Jahn, voir plus loin p. 49.
    2Voir le compte rendu en ligne www.dfg-baden-baden.de/de/veranstaltungsberichte/berichte-2014/17042014-baumpflanzung-fuer-aime-cesaire.html.
    3Les archives de Jahn sont déposées depuis 2005 à l’Université Humboldt de Berlin (Seminar für Afrikawissenschaften). La bibliothèque de Jahn (« Jahn-Bibliothek für afrikanische Literaturen ») est déposée à l’Université de Mayence (Institut für Ethnologie und Afrikastudien).
    4Nous pensons en particulier aux institutions suivantes : Stadttheater Basel, Hamburger Theatersammlung, Niedersächsisches Staatstheater Hannover – Theatermuseum, Theatermuseum München, Bayerische Staatsbibliothek München – Bildarchiv, Hessischer Rundfunk Frankfurt, Südwestdeutscher Rundfunk Baden-Baden, Westdeutscher Rundfunk Köln, Zweites Deutsches Fernsehen Mainz. – Pour accéder à ces trésors nous avons été beaucoup aidé et conseillé par Anja Schwarz (Archives de Jahn, Berlin), Anja Oed (Bibliothèque de Jahn, Mayence), Eva-Gabriele Jäckl (Deutsches Theatermuseum München, Fotosammlung) et Carsten Niemann (Niedersächsisches Staatstheater Hannover, Theatermuseum). Anja Schwarz prépare un livre sur la vie et l’oeuvre de Janheinz Jahn.